Galin Stoev

 

Né en Bulgarie où il entame sa carrière de metteur en scène, Galin Stoev réside aujourd'hui entre Bruxelles, Paris et Sofia. Diplômé de l'Académie nationale des arts du théâtre et du cinéma (Sofia), il travaille dès 1991 comme metteur en scène et comédien à Sofia, créant nombre de spectacles, notamment au Théâtre national. Il commence par mettre en scène des auteurs classiques (Corneille, Strindberg, Shakespeare, Eschyle, Büchner, Brecht, Musset, etc.), pour s'ouvrir peu à peu au répertoire contemporain (Mishima, Harold Pinter, Tom Stoppard, Philip Ridley, etc.). Ses débuts remarqués le mènent en divers lieux d'Europe et du monde (Londres, Leeds, Bochum, Stuttgart, Moscou, Buenos Aires, etc.) où il signe plusieurs mises en scène. En 2005, il crée sa propre compagnie à Bruxelles, FINGERPRINT. Il est également artiste associé au Théâtre de Liège ainsi qu'à La Colline - Théâtre national (Paris). Plusieurs rencontres déterminantes jalonnent son parcours et, tout d'abord, sa rencontre et son amitié avec Ivan Viripaev, dont il met en scène Les Rêves (2002), ainsi que les versions bulgare et française d'Oxygène, Genèse n°2 (présentée au 61e Festival d'Avignon, à Rome, Bruxelles, Paris et Ottawa) et Danse Delhi (en 2011 à la Colline - Théâtre national).
Il collabore aussi plusieurs fois avec le compositeur Oscar Strasnoy, notamment pour la création de son opéra Geschichte présenté au Theaterhause de Stuttgart ainsi qu'au Teatro Colon à Buenos Aires.
En 2007, il commence sa collaboration avec la Comédie-Française, où il met en scène La Festa, création française de la pièce de Spiro Scimone (2007), Douce vengeance et autres sketches d'Hanokh Levin (2008), L'Illusion comique de Pierre Corneille (2008), Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux (2011) et Tartuffe de Molière (2014). Il retourne aussi régulièrement en Bulgarie, où il collabore avec la jeune auteure Yana Borissova, dont il a mis en scène les versions bulgares de Petite Pièce pour une chambre d'enfant (tr. fr. aux Éditions Théâtrales), de Rose is a rose is a rose (Prix 2009 du meilleur spectacle, du meilleur texte et de la meilleure mise en scène en Bulgarie) et de Les Gens d'Oz (2013). Il a récemment mis en scène la version française de cette pièce à la Colline - Théâtre national, dont il a également traduit le texte en collaboration avec Sacha Carlson (Éditions Théâtrales, 2016).
Par ailleurs, il crée en 2010 La Vie est un songe de Calderón de la Barca au Théâtre de la Place de Liège dans le cadre du programme européen Prospero (spectacle également présenté au Emilia Romagna Teatro de Modène, au Théâtre national de Bretagne, à la Comédie de Genève et au Festival International de Théâtre à Varna). En 2012, il monte une version russe du Triomphe de l'amour (Marivaux) au Théâtre des Nations de Moscou, suivie en 2013 d'une version française de la même pièce (TGP, Liège, Vidy-Lausanne). En 2014, il monte Liliom de F. Molnár, une coproduction de La Colline et du Théâtre de Liège ; en 2015, il met en scène Les Noces de Figaro (Mozart). En 2016, il met en scène Les Gens d'Oz de Yana Borissova ainsi que Tartuffe de Molière. En 2017, il crée Danse «Delhi» au Théâtre national de Bulgarie, présenté en janvier 2018 au TNT.
Il a récemment tourné son premier film : The Endless Garden, en collaboration avec Yana Borissova. Il a également enseigné au St Martin's College of Art and Design de Londres, à l'Arden School de Manchester ainsi qu'aux conservatoires nationaux de Lubiana et de Sofia. Plus récemment, sa pratique pédagogique se déroule sous forme de master class, notamment à Paris (ARTA, ESAD), Marseille (La Réplique), Sofia (NATFA) et Moscou (Territoria).

 

Note d'intention

LA CRÉATION ET LE TERRITOIRE, LES AMBITIONS D’UN ARTISTE EUROPÉEN

En août 1999, je répétais à Skopje Antigone in Technoland, sur le texte de Sophocle, avec des comédiens macédoniens pour le festival de Berlin, et juste à côté, au Kosovo, c’était la guerre. La nuit, on entendait les bombardements et dans la journée, on voyait les tanks des casques bleus qui passaient dans Skopje. Il faisait 42°C. C’était le moment de l’éclipse du soleil. Nous répétions Sophocle dans une ambiance de fin du monde. À la fin des répétitions, nous sommes arrivés à Berlin Ouest pour le festival et c’était comme une autre planète, qui n’avait rien à voir avec ce qui se passait en ex-Yougoslavie. Cette expérience est pour moi emblématique.
Devant moi, j’avais des morceaux éclatés de différentes réalités politiques, historiques, économiques et éthiques européennes et, le seul lieu qui pouvait les réunir dans une seule image et les faire dialoguer, c’était le théâtre. J’ai alors compris une chose essentielle : à travers mes déplacements incessants, je collectionnais des morceaux de réalité qui normalement ne devaient pas appartenir à un seul cadre. C’était le cœur de mon travail et de ma recherche. Son identité propre. Elle n’était pas issue d’un seul modèle ou d’une seule logique théâtrale, mais d’un déplacement constant dans le temps et l’espace, permettant de tisser une identité supérieure aux réalités historiques et politiques qui, sans cela, ont tendance à diviser.
Durant mes vingt‐cinq premières années de création théâtrale, j’ai eu la chance d’être accueilli et soutenu, partout en Europe, par de grandes institutions d’État. D’abord en Bulgarie et dans tout l’Est de l’Europe, où j’ai été formé et où j’ai fait mes débuts, puis en Europe de l’Ouest : au Théâtre national de Liège en Belgique, au Théâtre Vidy-Lausanne et à la Comédie de Genève en Suisse, au Théâtre National de la Colline en France (où j’ai été artiste associé pendant trois saisons) et à la Comédie-Française (où j’ai monté cinq spectacles, un au Vieux-Colombier, un au Studio-Théâtre et trois à la salle Richelieu) ; passant d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, d’une langue à l’autre.
Je me rends compte aujourd’hui, alors que je suis dans la maturité de mon art théâtral, que ce mode de fonctionnement n’a plus de sens pour moi. Pour passer un cap décisif, ma recherche artistique a besoin de pérennité : se déployer sur un territoire et dans l’échange. Ce n’est que grâce à un ancrage territorial fort et dans un rapport pérenne aux spectateurs et aux partenaires, que ma pratique théâtrale pourra se régénérer, s’enrichir, déployer tous ses possibles et faire pleinement sens.
Toulouse m’a séduit. Parce qu’on sent immédiatement que, tout en étant une grande ville de patrimoine et d’histoire, elle se renouvelle et recherche sans cesse. C’est une métropole à la pointe, résolument tournée vers l’avenir. J’y retrouve le même esprit innovant et créatif que dans mon travail au plateau. La recherche me passionne, surtout quand elle se partage : c’est le défi qui me séduit dans cette aventure qu’est la direction du Théâtre national de Toulouse.
Pour un habitué des grands plateaux, celui du TNT fait rêver. Quel outil magnifique à faire vivre ! Je souhaite mettre la richesse de mon expérience et de mes influences au service d’un grand lieu qui pourrait gagner en légitimité sur la scène internationale et contribuer, grâce à une attention sans faille au territoire (à toutes ses échelles), à construire le maillage et l’identité culturelle de cette nouvelle grande Métropole Toulousaine et de cette nouvelle région Occitanie.
Une nouvelle direction
J’arrive à la direction du TNT avec Stéphane Gil comme directeur délégué, suivant en cela la tradition du TNT (Richard Coconnier, Jean Lebeau puis Jean‐Laurent Paolini ont successivement incarné ce poste).
Nous formons ensemble un duo complémentaire et complice pour répondre aux différents enjeux de ce nouveau projet. Ensemble nous travaillons à produire une créativité et une qualité artistique, une coopération et des partenariats riches, une gestion et un management solides.
L’envergure et la palette d’actions de cet établissement exceptionnel, exigent une présence constante ; à nous deux, nous répondons à cela par une installation à Toulouse ce qui nous permet d’être attentif à l’ensemble du territoire.
Nous trouvons en arrivant une équipe soudée, engagée et désireuse d’écrire cette prochaine page de la vie du TNT. Nous les remercions dès à présent pour leur accueil et bienveillance.
Nous nous engageons avec joie et optimisme dans cette aventure professionnelle et personnelle.
Galin Stoev